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Accueil > Newsletters > Parlons Égalité > Peut-on aider sans compter ?
aidants femme inégalité santé argent

Marie Lemaistre, agence Fllow

Laure Marchal

Laure Marchal

Parlons Égalité

Peut-on aider sans compter ?

20 juin 2024

Quand il y a quelques mois, ViveS a soufflé mon nom à la Fondation des Femmes pour rédiger un rapport sur « les femmes aidantes et ce que ça leur coûte », j’ai dit « oui » dans un mélange d’excitation (waahh, quel super sujet)… et de fébrilité (ouhlala, ça ne va pas être simple). Au-delà du travail d’enquête et d’écriture, je sais d’avance que je vais plonger dans une réalité qui secoue, transperce, met en colère. Mais qu’il est nécessaire aussi de raconter, parce qu’elle est encore trop peu visible. Alors je me suis lancée.

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J’avais déjà traité plusieurs fois le sujet pour la newsletter ViveS et j’ai même animé le parcours “Aidants” de la ViveS Académie. Mais là il s’agit d’aller encore plus en profondeur pour cette note, publiée aujourd’hui par l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes de la Fondation des Femmes, en partenariat avec ViveS. Surtout, il s’agit de lever un tabou. Aider, c’est aimer. Mais peut-on aider sans compter ?

Trouver des données genrées : mission impossible

Le sujet est posé, l’angle est défini : « Le coût d’être aidante ». Je débute alors mes recherches et pars en quête de chiffres. Je tape dans Google des termes comme « coûts de l’aidance», « femme et aidante», « risques d’être aidante »… Je lis une grande quantité d’articles, et environ une quarantaine de rapports. Un premier constat s’impose : il n’existe que très peu de données genrées. Le désert… Quand on sait que 80% des aidants au foyer sont des femmes, je m’interroge sur le fait qu’il n’y ait pas de travail approfondi de nos institutions sur le sujet. Alors j’épluche des études encore et encore. Toutes (ou presque), établies par des associations. Leur travail est extraordinaire, je peux vous le dire ! Mais toujours peu de chiffres des services publics.

 

Or, comme le disait William Edwards Deming, célèbre statisticien : « Ce qui ne se mesure pas ne s’améliore pas ».

 

J’essaye donc cet exercice de « mesurer » et je pioche çà et là des informations pour les compiler et donner à voir une autre facette du paysage de l’aidance pour les femmes. Celle qui montre les multiples coûts qu’elles accusent !

Être aidante : un quadruple coût

Ce que j’ai trouvé en plongeant dans tous ces rapports, c’est que les femmes paient le prix fort à tous les niveaux.

 

Coût professionnel
Près d’un tiers des salariées aidantes (29%) occupent un poste à temps partiel ! Une situation rarement choisie mais plutôt subie… Pourquoi ? À votre avis, lorsque l’on doit s’occuper d’un parent ou d’un enfant, quel salaire sacrifie-t-on ? Le plus petit. Celui de la femme donc… Elles sont alors obligées de passer à temps partiel et perdent beaucoup en salaire. Pire, certaines doivent carrément cesser leur activité. 43% des aidantes au foyer ont dû arrêter de travailler en raison de leur situation d’aidante ! Pas de travail, pas de revenu… La précarité s’installe.

 

Coût financier
Les aidantes gagnent moins d’argent du fait du temps partiel, mais aussi à cause d’une carrière impossible à faire évoluer. En effet, comment accepter des responsabilités, des heures supplémentaires, des déplacements quand on est aidante au quotidien ? Voilà pourquoi 41% des femmes aidantes disent avoir refusé des opportunités professionnelles (promotions, changement de poste…). Résultat : il existe une surreprésentation des aidants dans les salaires inférieurs à 2000 €/mois et une sous-représentation de cette population dans les revenus supérieurs à 3000 €/mois. La précarité n’est jamais loin… Et si je vous dis qu’en plus, elles doivent assumer des dépenses supplémentaires pour leur proche aidé, vous imaginez à quel point leurs finances sont impactées.
Dans de telles conditions, quelle retraite peuvent-elles alors espérer ?

 

Coût social
Le temps, les aidantes n’en ont plus. 65% des salariés aidants ont renoncé à des activités sportives, associatives ou à des sorties pour assumer leur rôle.

Alors passer une soirée avec des amis, prendre un café, faire du yoga ou tout autre loisir ne fait pas partie de leur vie. Elles ont même tendance à s’isoler, ce qui a un impact sur leur santé mentale.

 

Coût sur leur santé
Là encore, les aidantes paient le prix fort. 81% d’entre elles se soucient plus de la santé des autres que de la leur. Résultat : des renoncements aux soins, des retards de diagnostics, un épuisement total…

Je suis tombée sur deux chiffres qui font froid dans le dos : 60% des aidants sont exposés à un risque de surmortalité dans les 3 ans qui suivent le début de la maladie de leur proche et un tiers des aidants meurent avant leur aidé !

 

Voilà. Le constat est édifiant. Mais je ne vais pas vous laisser sur cette note ! Les associations, qui, je le répète, font un travail remarquable, émettent des propositions qui pourraient changer la donne.

Vers un grand plan « aidance » ?

Dans la dernière partie de la note, nous explorons les différentes pistes qui pourraient améliorer la vie des aidantes et leur éviter de tomber dans la précarité. Je ne vais pas toutes vous les détailler ici mais je vous invite vraiment à les lire. Voici quatre actions qui me semblent particulièrement essentielles :

  1. Avant toute chose, il faut d’abord mesurer. Mener une étude nationale statistique sur les aidantes pour obtenir des données genrées et poser des chiffres sur la précarité des aidantes et les tâches qu’elles assument.
  2. Un autre volet concerne les aides, qu’il est urgent de simplifier dans leur demande, leur attribution et leur fiscalisation. C’est un casse-tête épouvantable d’obtenir une aide. Et quand c’est le cas, certaines sont fiscalisées ! Par exemple, la prestation de compensation du handicap (PCH), destinée à couvrir les surcoûts liés au handicap est imposable lorsqu’elle est versée au titre de dédommagement d’un·e aidant·e ! Insensé, non ?
  3. Accompagner les aidant·e·s dans leur parcours professionnel : valoriser leurs compétences, former les managers, remettre dans l’emploi celles qui ont dû en sortir…
  4. Améliorer leur retraite en élargissant les conditions d’accès à des trimestres supplémentaires, en supprimant la condition de devoir interrompre son activité professionnelle sur 30 mois consécutifs pour un taux plein à 65 ans et à majoration, en compensant les trimestres perdus lors d’arrêt long de travail…

 

Bref, des idées pour changer la donne, il en existe des centaines que les associations ont parfaitement identifiées.

 

Pour faire bouger les lignes, nous avons besoin de tout le monde ! Chacun à son niveau peut agir. Ça commence par le simple fait de sensibiliser son entourage, pro et perso, à la question de l’aidance. Car je vous le rappelle, en 2030, 1 personne sur 4 sera aidant·e. Alors, vous lancez ce sujet de discussion à votre prochain déjeuner ?

 

 

Illustration : un grand merci à Marie Lemaistre et l’agence Fllow

Laure Marchal

Laure Marchal

Laure Marchal est à la fois journaliste et consultante éditoriale et intervient aujourd’hui dans la start-up Valeur&Valeurs dont la mission est de dévoiler la singularité et les « valeurs » de l’individu dans l’entreprise. Laure a également co-écrit un podcast sur le handicap et la résilience.
Pour ViveS, Laure incarne le dynamisme et la confiance dans tous les possibles. Elle va à la rencontre des femmes pour écouter et nous raconter leurs parcours.

LE + VIVES

https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieLire.png

À LIRE

  • La note de la Fondation des Femmes Le coût d’être aidante, par Laure Marchal.

 

  • Être aidant ET travailler, mission impossible?, par Laure Marchal.

 

  • L’immense valeur des aidants, par Laetitia Vitaud.

 

  • Le jour où je suis devenue aidante, par Mélissa-Asli Petit.

 

  • Le grand temps fort de la Journée nationale des aidants par le collectif Je t’Aide et le Club Landoy, sur le thème : « Aidons les aidant·e·s à prendre soin d’eux et d’elles-mêmes ». Une vidéo et une synthèse à lire en ligne.
https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieVoir.png

À REGARDER

Le parcours des aidants : 9 vidéos pour vous accompagner dans l’aidance. Pour en savoir plus sur ce parcours, lisez cette newsletter de ViveS.

À CONNAÎTRE

  • Le collectif « Je t’aide » dont la mission est de faire avancer les droits des aidants auprès des pouvoirs publics afin qu’aider ne rime pas avec précarité.

 

  • Ma Boussole Aidants : un site truffé d’infos, d’astuces, de conseils… Son vrai plus ? Il propose des informations géolocalisées en fonction de son lieu d’habitation.

 

  • L’association JADE, qui vient en aide aux jeunes aidants. L’association évalue à près de 700 000 le nombre de jeunes aidants en France.

À ALLER VOIR

La Compagnie des Aidants lance la 7ème édition de la caravane « Tous aidants ». A partir du 13 juin 2024, elle parcourt la France pour apporter soutien, écoute et information aux 11 millions d’aidants de proches en perte d’autonomie, en situation de handicap ou atteints de maladies chroniques.

À NOTER DANS SON AGENDA

Le 6 octobre, c’est la Journée nationale des aidant·e·s, avec des centaines d’événements organisés partout en France.

 

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