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entreprendre - 50 ans - femmes - projet

Wood et l'agence Virginie

Laure Marchal

Laure Marchal

Formations Parlons Travail

Elles ont créé leur boîte à 50 ans

1er février 2024

Penser à la retraite à 50 ans ? Pas vraiment d’actualité. « Nous en sommes encore loin compte tenu des réformes : il nous reste au moins environ le tiers de notre vie professionnelle pour certaines en ayant 50 ans, un peu moins pour d’autres si elles sont plus proches des 60 ans. Autant dire qu’il reste un bon paquet d’années à travailler et si possible en étant épanouies ! », écrit Frédérique Cintrat dans son livre intitulé Ré-entreprendre sa vie après 50 ans.

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Le ras-le-bol, un sacré déclencheur

L’épanouissement, c’est le mot-clé dans le monde du travail qu’on pensait réservé aux générations Y et Z. Mais à 50 ans aussi, on a encore envie de s’épanouir dans sa vie professionnelle. Seul hic, la société ne le voit pas toujours de cet œil. Le jeunisme est omniprésent et l’employabilité décline dès 45 ans. Frédérique Cintrat explique même que « les femmes doivent faire face à un double plafond de verre : celui de l’âge et celui du genre ». Qu’à cela ne tienne, certaines femmes ont décidé de braver ce double plafond pour lancer leur boîte !

 

D’ailleurs 41% des femmes entre 45 et 69 ans veulent entreprendre pour s’épanouir : « Elles en ont marre de subir leur métier, marre de leur hiérarchie, marre des clients… » explique Kim Salmon, directrice de What’s up Camille, incubateur qui accompagne les entrepreneurs de plus de 50 ans. C’est l’une des raisons qui les pousse à entreprendre.

 

Pour d’autres, c’est le burn-out. Julie, 50 ans, fondatrice de Lily and the wood (restauration de meubles), l’exprime très bien : « À 48 ans, j’ai fait un burn-out et j’ai tout remis à plat : mes compétences, mes envies, ce que je voulais, ce que je ne voulais plus… » Julie se recentre sur l’essentiel et revient à ce qu’elle a toujours aimé : la déco, les meubles. « J’ai passé 28 ans dans la pub et je me suis demandé ce que je faisais vraiment. J’avais l’impression de vendre du vent… Alors qu’en réalité, moi, j’aime créer, mettre mes mains dans le cambouis… ». Elle se renseigne sur les métiers liés au bois, suit des ateliers sur la reconnaissance des essences, apprend à manier quelques machines et se lance ! Pas de bilan de compétences, pas de retour sur les bancs de l’école mais une certitude : être indépendante, s’organiser comme elle le souhaite, et faire par elle-même. Le puzzle se met en place peu à peu. Ses envies alliées à son goût pour la déco la poussent à envisager une carrière dans l’artisanat. Un tour aux encombrants, un autre chez Emmaüs, un coup de cœur pour des meubles et c’est parti ! Elle ouvre son compte Instagram en mars 2023 et vend ses premiers meubles relookés en juin. « Là, c’est une explosion de joie ! » s’exclame-t-elle.

L'horloge du temps, parfois, libère

Ce qui pousse aussi Julie à se lancer à 50 ans, c’est la peur d’avoir des regrets. « J’ai 50 ans et mon champ des possibles est encore très vaste ! Charge à moi d’en faire ce que je veux. Je préfère foncer et avoir des remords plutôt que des regrets. »

 

C’est aussi ce que pense Sylvie, 56 ans, qui a repris 2 sociétés (GBO Human Ressources et Eurorekruter) dans le conseil en recrutement multiculturel : « J’avais en moi cette envie d’entreprendre depuis des années et je me suis dit que si je ne le faisais pas, je le regretterais toute ma vie. » Alors, à 55 ans et après 33 années de salariat dans un grand groupe international à occuper plusieurs postes, Sylvie démissionne et cherche une société à reprendre. Entreprendre à son âge ? La question ne se pose même pas. « Avant la retraite, j’ai encore beaucoup de temps. Je n’ai pas envie de passer 10 ans à me tourner les pouces ou à faire un métier que je n’aime pas », assène-t-elle.

Quand repartir de zéro est trop dur…

« En revanche, je ne voulais pas créer une entreprise, partir de zéro. C’est pour cela que j’ai cherché une boîte à reprendre. Je voulais avoir une structure avec une histoire, des clients, des salariés… ». En discutant avec son entourage, Sylvie est orientée vers le CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), une association qui accompagne les repreneurs et les cédants dans leur projet de reprise ou cession. Une formation de trois semaines lui permet d’être suffisamment outillée pour diagnostiquer une entreprise. C’est à l’issue de cette formation et après avoir rencontré plusieurs sociétés, qu’elle trouve sa pépite. On l’oublie souvent, mais entreprendre ce n’est pas uniquement créer une société. C’est aussi en reprendre une. Ou se lancer en franchise, une formule qui séduit largement les femmes de plus de 45 ans, d’après les derniers chiffres du Baromètre de la franchise au féminin, publiés ce 1er février. Et pour ça non plus, il n’y a pas d’âge.

Qui veut financer un projet de senior ?

Kim Salmon me le répète plusieurs fois lors de notre échange : « La société est tellement dure avec les seniors ! » et de compléter : « Soit ils sont considérés comme « out », soit « trop chers », soit « dépassés par la technologie »… Mais c’est faux ! C’est une minorité dont on parle, là », s’agace-t-elle. Cependant, même si 71% des 45-69 ans considèrent ne pas être trop âgés pour entreprendre, les banques ne l’entendent pas toujours de cette oreille. « Les seniors peuvent rencontrer des difficultés pour financer leur projet. Les femmes vont s’entendre dire qu’elles sont trop vieilles, qu’elles partent bientôt à la retraite… et qu’il est donc inutile de débloquer des fonds pour leur projet », constate Kim.

 

Heureusement, Sylvie n’a pas eu ce problème : « Je n’ai rencontré aucun frein dans ma reprise ! Même la banque m’a suivie. Bien sûr, j’ai eu des refus… mais c’est le jeu. Jusqu’à ce que l’une d’entre elles accepte. Je précise qu’il me fallait tout de même un certain apport personnel et des garanties. Sans cela, je n’aurais pas eu de prêt. »

Les quinquas ont d'incroyables talents

Malgré le jeunisme ambiant et les stéréotypes chevillés au corps de la société, Julie et Sylvie ont réussi à entreprendre et à braver tous les obstacles. Sans compter qu’entreprendre à 50 ans comporte aussi des avantages. « On a une expérience très riche. On a appris beaucoup tout au long de notre parcours professionnel. On peut donc mettre au service de notre entreprise toute cette expérience, et moi ça me rend beaucoup plus sereine », témoigne Sylvie.

« Je suis moins inconsciente des risques également, même s’il en faut une petite dose pour entreprendre », s’amuse-t-elle.

 

Julie, quant à elle, voit bien la différence entre 40 ans et 50 ans. « À 42 ans, dans une période de chômage, ma conseillère Pôle Emploi m’a recommandé de lancer ma boîte. Mais il en était hors de question ! Je n’étais pas prête. Aujourd’hui, j’ai moins peur, je prends plus de recul et je fonce. Car je me connais mieux. J’ai donc créé une entreprise qui me ressemble à 200%, qui se nourrit de tout ce que j’ai fait et qui incarne mes valeurs. »

Kim ajoute au sujet de ces entrepreneuses quinquas : « En plus de leur maturité indéniable, la maternité est derrière elles. » Une donnée qui n’a l’air de rien mais qui compte pour beaucoup. En effet, la charge mentale est moins lourde qu’avec des tout-petits, elles peuvent donc pleinement se consacrer à un nouveau projet.

Ferez-vous partie des 90 000 ?

Alors si vous voulez vous lancer, ne regardez pas votre âge. Regardez votre envie ! Chaque année, selon l’Agence France Entrepreneurs, 90 000 seniors franchissent le cap de la création d’entreprise. Pourquoi pas vous ?

Pour être dans les meilleures conditions, Kim, Julie et Sylvie vous recommandent de vous faire accompagner. Sylvie explique : « Être dans un réseau permet de garder un certain rythme et de se créer des repères. Sans compter évidemment l’apport exceptionnel des experts que l’on rencontre. » Quant à Kim, elle le voit tous les jours : « L’accompagnement permet d’éviter la solitude du dirigeant. »

 

Autre conseil, et pas des moindres, celui de Sylvie qui insiste sur le fait de mesurer les risques : « Bien sûr, il faut un minimum de goût pour le risque, mais ne vendez pas tout, ne quittez pas tout pour entreprendre. Veillez à ce que le projet d’entreprise ne déséquilibre pas complètement la vie menée auparavant. »

 

Vous hésitez à entreprendre ? Creusez le sujet, investiguez, rencontrez des gens qui exercent le métier que vous envisagez, interrogez ceux qui sont passés par une reconversion. Et si votre envie est toujours présente, alors “lancez-vous”, comme dirait Kim. « On a tellement besoin de rôles modèles dans ce domaine ! »

Illustration : un grand merci à Wood et l’agence Virginie.

Laure Marchal

Laure Marchal

Laure Marchal est à la fois journaliste et consultante éditoriale et intervient aujourd’hui dans la start-up Valeur&Valeurs dont la mission est de dévoiler la singularité et les « valeurs » de l’individu dans l’entreprise. Laure a également co-écrit un podcast sur le handicap et la résilience.
Pour ViveS, Laure incarne le dynamisme et la confiance dans tous les possibles. Elle va à la rencontre des femmes pour écouter et nous raconter leurs parcours.

LE + VIVES

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À LIRE

  • Ré-entreprendre sa vie après 50 ans. Parce que l’ambition des femmes n’a pas d’âge, de Frédérique Cintrat, éditions Dunod, 2023. Un point de vue sur la cinquantaine, des témoignages qui donnent envie de foncer pour créer sa boîte et des conseils avisés de celles qui ont entrepris.

 

  • Vieille, c’est à quelle heure ?! 50 ans, le nouvel âge d’or, de Sophie Dancourt, éditions Leduc, 2022. Un livre engagé qui prouve que les femmes, à 50 ans et plus, peuvent faire fi de tous les diktats.

 

  • Les quincados, de Serge Guérin, éditions Calmann-Lévy, 2019. Le sociologue met à l’honneur des quinquagénaires, démontrant que le nouvel âge d’or, c’est bien 50 ans !

 

  • Les Fleurs de l’âge, de Josiane Asmane, éditions Flammarion, 2021. Josiane part à la rencontre de femmes de 50 à 100 ans et envoie valser tous les préjugés.

 

  • Les Flamboyantes, de Charlotte Montpezat, éditions des Équateurs, 2023. Un livre coup de gueule, où l’autrice dénonce l’invisibilisation des femmes de plus de 50 ans. Elle propose des réponses pour que la société change, enfin, de regard.

 

  • Femmes entrepreneures, les aides à ne pas manquer : un article de Welcome to the Jungle.

 

Trois newsletters ViveS à lire ou relire

 

  • Qui veut reprendre l’entreprise de Papa ?, de Mélissa-Asli Petit.

 

  • Repreneuse : pourquoi pas vous ? de Valérie Lion.

 

  • T’as qu’à créer ta boîte !, de Valérie Lion.
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À ÉCOUTER

  • 50 ans et toutes mes dents ! : le podcast de Karine Arneodo, coach professionnelle qui aborde la cinquantaine avec optimisme et partage ses astuces pour un développement personnel au top !

 

  • J’peux pas j’ai business : Aline Bartoli, coach d’affaires fondatrice de TheBBoost, livre dans ce podcast ses conseils pour entreprendre et faire grandir son chiffre d’affaires.

 

  • Les Passeuses : le podcast de Laurence Lucas, qui vous invite à découvrir des parcours de femmes de plus de 45 ans montrant que « réussir sa vie peut prendre bien des formes et qu’il n’y a pas d’âge pour se réinventer. »
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À SAVOIR

  • L’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) organise du 5 au 9 février 2024 une semaine nationale d’information pour lever les freins à la création d’entreprise, avec plus de 400 événements partout en France, dont des ateliers gratuits.

 

  • La BPI aide à s’y retrouver dans les programmes d’accompagnement, propose des outils pour faire son business plan et un récapitulatif des aides financières disponibles.
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À REJOINDRE

  • What’s up Camille, incubateur dédié à l’entrepreneuriat des 50 ans et plus.

 

  • Force Femmes, qui accompagne les femmes sans emploi de 45 ans et plus, notamment sur la création d’entreprises.

 

  • Femmes des Territoires : un réseau physique et digital d’entraide et de partage entre porteuses de projet.

 

  • La BGE, réseau national d’aide à la création d’entreprises.

 

  • Réseau Entreprendre, fédération nationale dédiée aux entrepreneurs futurs employeurs.

 

  • Réseau Initiative France, réseau associatif qui accompagne votre projet entrepreneurial.

 

  • France Active, le mouvement des entrepreneurs engagés.

 

  • Le CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), association qui agit pour le repreneuriat.
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