Logo ViveS foncé
  • Newsletters
  • Podcasts
  • Baromètres
  • Évènements
  • ViveS Académie
  • Ressources
  • Connexion
Rechercher...
Accueil > Newsletters > Parlons Travail > Stéphanie, développeuse, change les codes du gaming
Gaming - Jeux video - Counter strike - Gameuse - Cybercitoyenneté

Clémentine Fourcade

Laetitia Vitaud

Laetitia Vitaud

Formations Parlons Travail

Stéphanie, développeuse, change les codes du gaming

31 août 2023

Je fais partie de ces générations de femmes qui sont un peu passées à côté des jeux vidéo. À part les nombreuses heures consacrées à Tetris sur la Game Boy de mes amies, je dois avouer que le gaming est un univers qui m’est étranger. Mais en tant que féministe observatrice des transformations du monde du travail, la féminisation du gaming et surtout les mouvements de revendication pour une meilleure représentation des femmes dans la conception des jeux m’intéressent depuis plusieurs années.

Partager la newsletter

LinkedIn icon WhatsApp icon Facebook icon
Partager par email

Séparez les adresses mails par une virgule pour envoyer à plusieurs destinataires.

La Québécoise Stéphanie Harvey, plus connue sous le nom de Miss Harvey, est championne à plusieurs titres. Cette gameuse surdouée a remporté plusieurs fois le championnat du monde de Counter-Strike, une série de jeux vidéo de tir dans lesquels deux équipes s’affrontent pour empêcher (ou perpétrer) un acte terroriste. Experte en jeux de tir, elle a travaillé en tant que conceptrice chez Ubisoft, l’entreprise française de développement de jeux vidéo la plus iconique. Elle a mené des équipes, accompagné, formé et inspiré des générations de gameuses et gamers. Elle a pris très à coeur sa mission de rôle-modèle féminin. Militante, elle œuvre activement pour une cyber-citoyenneté plus harmonieuse, un monde virtuel dans lequel on combat l’intimidation et le sexisme, où bien-être et sécurité sont la norme. Autant dire qu’on ne fait pas plus badass que Stéphanie Harvey. Après notre échange, j’ai eu envie de shooter des plafonds de verre avec elle !

« Trouve-toi donc un vrai job ! »

Gameuse professionnelle, ça n’était pas une carrière envisageable quand Stéphanie a commencé à travailler. Il lui a fallu tout inventer de A à Z. Et à 37 ans, désormais « chief culture officer » dans une entreprise américaine d’e-sport, elle continue d’ouvrir la voie et de conquérir de nouveaux territoires. D’ailleurs, elle serait bien incapable de dire où elle sera dans cinq ou dix ans…

Le déclic du jeu, elle l’a eu très tôt. Alors que « tout était genré à cette époque », ses parents lui ont fait le cadeau d’une éducation non sexuée. Elle avait « autant de poupées Barbie et de robes que de Lego et de figurines Tortues Ninja ».

Jamais ses parents ne lui ont dit que les jeux vidéo étaient réservés aux garçons. Pour ses 6 ans, son père a même remué ciel et terre pour lui dénicher une copie du jeu Super Mario Kart alors qu’il n’était plus disponible en magasin. Quand elle commence à devenir une athlète des jeux de tir, le soutien de ses parents n’a pas été évident : est-ce bien raisonnable ? Gameuse, ce n’est pas un « vrai job » ! Certes, les compétitions d’e-sport existaient déjà, rares cependant étaient les individus qui pouvaient prétendre gagner leur vie avec…

Mais Stéphanie est passionnée. Elle trouve dans le jeu vidéo une source de joie inépuisable. Sa découverte du jeu de Counter-Strike agit comme une révélation. Comme l’explique la psychologue américaine Rachel Kowert, spécialiste des jeux vidéo : « un bon jeu donne un sentiment d’accomplissement, de compétence et d’appartenance. On a le sentiment de progresser et d’être en lien avec les autres ».

Clémentine Fourcade

 

 

Stéphanie fait le choix de poursuivre ses études en architecture, tout en s’entraînant pour la compétition… au point de s’épuiser. « Cette expérience est l’une des grandes raisons pour lesquelles je suis militante pour l’implantation de programmes parascolaires structurés en jeux vidéo », « personne ne m’a parlé de prévention de blessures, de surmenage, de gestion du stress, de soutien mental… » Aujourd’hui, les joueurs professionnels s’entraînent comme des athlètes. La montée spectaculaire du sport électronique a permis à de nombreux adeptes de ne plus faire que cela. Mais la première génération de gamers professionnels n’a connu ni modèle ni structure pour la soutenir.

Au fur et à mesure, les gamers sont devenus cools et les perspectives de revenus sont apparues. Grâce à ses victoires, Stéphanie attire l’attention des médias et des acteurs des jeux vidéo. Elle devient testeuse pour Ubisoft, puis conceptrice. Elle finit par gérer tout un portefeuille d’activités diversifiées autour de sa passion : joueuse, enseignante, influenceuse, militante, développeuse, personnalité médiatique… Capitaine de sa carrière, elle navigue dans un univers qu’elle contribue elle-même à enrichir.

Beaucoup de joueuses… et beaucoup de sexisme

Parmi les joueurs d’aujourd’hui, on compte de nombreuses femmes. Elles représentent presque la moitié des joueurs réguliers dans le monde. La parité, en somme. Hélas, 40% d’entre elles disent avoir déjà été victimes de sexisme. Une récente enquête de l’Ifop sur le sexisme dans le jeu vidéo évoque les insultes, remarques sexistes, agressions verbales, menaces ou commentaires obscènes que tant de joueuses disent avoir subis. Née en 2014, le Gamergate, une série de polémiques dans le monde du jeu vidéo transformée en campagne de harcèlement sexiste contre des femmes journalistes et développeuses, a mis le sujet à la Une. Les développeuses de jeux Zoë Quinn et Brianna Wu et la critique féministe Anita Sarkeesian sont ciblées avec des menaces de viol et de mort.

Dans son entreprise, Stéphanie tombe des nues : coincée dans l’ascenseur avec un collègue masculin, elle parvient de justesse à échapper à une agression sexuelle. Si elle se dit fatiguée d’être « la victime » — « je suis une survivor, je fonce, j’apprends, j’avance » — elle comprend vite que les médias et le public la voient comme un rôle modèle. Elle se forge donc une opinion sur le sujet. Elle s’affirme de plus en plus féministe et réalise qu’elle peut inspirer et accompagner de nombreuses femmes. Plus tard, elle fonde avec une amie la plateforme Misscliks avec le désir d’améliorer encore la visibilité des femmes dans la culture geek.

Pour les femmes qui développent des jeux vidéo dans des univers souvent hostiles, où le harcèlement est couvert par le silence — de peur de compromettre sa carrière, on ne dit rien — et aboutit donc à l’impunité, il est important de libérer la parole et de fédérer les alliés. Stéphanie a sa technique : « le plus important, c’est de savoir comment désamorcer les situations très rapidement. La meilleure façon de mettre fin à des gestes ou paroles déplacées, c’est de réagir vite, de manière ferme mais néanmoins légère : “les commentaires de cette nature, ça n’a pas sa place ici, revenons au sujet”, “ Hé Bob, on n’utilise pas ce mot-là ici ”… ça permet à tout le monde de comprendre qu’il y a des choses qui ne se font pas. C’est davantage de l’éducation que de la réprimande. Ça allège le sujet. On peut en parler plus facilement ».

Dans les entreprises comme sur les plateformes, il est essentiel que les femmes qui dénoncent leurs agresseurs soient davantage protégées. Quand elles ne sont pas agressées, c’est leur autorité et leur légitimité qui sont  dénigrées : « en contexte de travail, on tient souvent pour acquis que l’homme est talentueux jusqu’à ce qu’il échoue, alors que c’est l’inverse pour la femme », « j’ai dû batailler toute ma carrière parce qu’on partait du principe que je ne connaissais rien à ce que je faisais ». Pour faire avancer les choses, Stéphanie en est convaincue, il faut d’abord miser sur la solidarité féminine.

Clémentine Fourcade

Militante de la cyber-citoyenneté

« On devrait tous mieux comprendre et connaître les conséquences de nos actes en ligne ». « Les impacts de la cyberintimidation sont sous-estimés et affectent la jeunesse comme jamais auparavant. » Depuis plusieurs années, Stéphanie a fait de la cyber-citoyenneté l’un de ses principaux chevaux de bataille. Pourquoi y a-t-il tant de toxicité en ligne ? Comment se fait-il que l’on n’ait pas encore réussi à imposer des règles de vie commune pour permettre à chacun de naviguer et jouer sereinement ? Il reste beaucoup d’éducation à faire et de combats à mener.

« Tout le monde peut avoir un impact maintenant sur son entourage. Chacun de nous est un acteur de changement à un niveau différent, ne serait-ce que par notre comportement en ligne, assure la gameuse. Ce qui marche le mieux avec les trolls, par exemple, c’est de les couvrir de gentillesse, d’aller leur parler… » Et d’alerter sur les dangers d’une vie dominée par le virtuel. « Les interactions en ligne, cela crée les mêmes émotions que dans la vie réelle. Mais tu peux être décalé au niveau de ta sociabilité si tu as trop peu d’interactions en dehors des écrans. En Amérique, c’est une majorité des gens qui ont eu des problèmes de santé mentale suite à la pandémie. En fait, c’est même probablement tout le monde. Se faire enfermer dans les écrans et voir les compétences sociales atrophiées, ça a été un vrai souci ! Nos petits “pandémiens”, ces jeunes qui n’ont pas pu célébrer leur anniversaire de 15, 18 ou 20 ans avec leurs amis, que vont-ils devenir ? »

La démocratisation des jeux vidéo est fondamentalement une bonne nouvelle car nous avons tant de belles choses à vivre en ligne. Cela fait partie de la vie ! « Il y a vraiment des jeux pour tout le monde maintenant. Les jeux, c’est comme les films ! Peut-on dire qu’on n’aime pas les jeux vidéo alors qu’on n’a simplement pas trouvé le bon, pas assez essayé ? » Suite à ma conversation avec Stéphanie, je songe à me lancer dans l’horticulture en ligne. Si cultiver son jardin virtuel peut aussi avoir un impact positif sur le monde, allons-y !

 

Illustration : un grand merci à Clémentine Fourcade

Laetitia Vitaud

Laetitia Vitaud

Après avoir enseigné pendant dix ans la culture anglaise et américaine, Laetitia s’intéresse aujourd’hui à l’avenir du travail. Elle fait partie des experts de l’Institut Montaigne et est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont notamment Du labeur à l’ouvrage aux éditions Calmann Lévy, dans lequel elle analyse les évolutions dont le travail fait l’objet à l’ère numérique. Par ailleurs, elle est Experte du Lab du média RH Welcome to the Jungle, co-fondatrice avec son compagnon Nicolas Colin de Nouveau Départ, un média “qui explore la crise et les transitions”. Elle est également l’autrice d’une newsletter sur l’avenir du travail avec une perspective féministe, Laetitia@Work.

Pour ViveS, Laetitia forme un duo de choc avec Valérie Lion, pour questionner et décrypter la place des femmes dans le monde du travail et l’économie.

https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieLire.png

A LIRE

  • Gameuse et fière de l’être (Editions de l’Homme, 2022) : le livre de Stéphanie Harvey, paru en France en 2023. Elle y raconte son parcours mais tient aussi à «sensibiliser les gens sur la cyberdépendance, la cyberintimidation, la cybersécurité et le cyber bien-être. » C’est ce qu’elle appelle  » les 4 C de missharvey « .
  • L’interview de la psychologue américaine Rachel Kowert, spécialiste des jeux vidéo, pour qui les idées préconçues à l’égard des jeux vidéo sont délétères.
  • Un article de Radio France qui revient sur l’étude Ifop consacrée au sexisme dans les jeux vidéo : «67 % des hommes qui se présentent comme « plutôt gamer » adhèrent au moins à un stéréotype sexiste, 64 % pour ceux se disant « très gamer ». La culture du viol est encore présente parmi certains joueurs. Par exemple, 21 % de sondés adhèrent à l’idée que « lorsqu’on veut avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent ’non’ mais ça veut dire ‘oui’ ». »
  • Un article passionnant sur les stéréotypes de genre dans les jeux vidéo, publié dans The Conversation, à partir d’une première étude menée par la Chaire Diversité et Inclusion de l’Edhec sur 2 jeux vidéo.
https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieVoir.png

A VOIR

  • La présentation de la nouvelle étude de la Chaire Diversité et Inclusion de l’Edhec portant sur 51 jeux vidéo, « Le gaming à l’épreuve de la diversité », étude co-dirigée et présentée par Hager Jemel aux Assises de la Parité le 19 juin dernier.
  • L’interview de Stéphanie Harvey dans le magazine 28 minutes d’Arte en février dernier.
https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieConseiller.png

A REJOINDRE

  • Women in Games France, une association créée en 2017 pour accroître la mixité dans l’industrie du jeu vidéo en France. Elle compte à ce jour 3000 membres.
https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2022/10/CategorieEcouter.png

A DECOUVRIR

Les jeux recommandés par Stéphanie :

  • Hidden Through Time : une sorte de Où est Charlie ? Un jeu très relaxant pour se changer les idées après une journée de travail.
  • Strange Horticulture : un autre jeu relaxant dans lequel on s’occupe de ses plantes comme un fleuriste sur fond d’intrigue policière. En prime, on apprend le nom des plantes.
  • The Witcher : le jeu préféré de Stéphanie parce qu’elle aime avant tout les jeux d’action.
  • La plateforme Steam : une plateforme de distribution, de gestion des droits et de communication orientée vers les jeux vidéo qui permet aux utilisateurs d’acheter des jeux et d’accéder à des jeux gratuits.
https://vivesmedia.fr/wp-content/uploads/2023/02/Property-1_Default.svg

A SAVOIR

  • Connaître les métiers du jeu vidéo grâce à cet article de l’Onisep et cette page de Studyrama.
  • Devenir game designer : toutes les informations sur la fiche métier du CIDJ.
  • Devenir développeur de jeu vidéo : toutes les informations sur la fiche métier du CIDJ.
Facebook icon Twitter icon instagram icon LinkedIn icon
Partenaires
Ça vous a plu ? Inscrivez- vous !

Newsletter Osons l'oseille Baromètres Rencontres ViveS Académie Contactez-nous Ressources Collectif
Politique de confidentialité Mentions légales CGU CGV Gestion des cookies © 2023 BAYARD - Tous droits réservés

Le futur appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves

La joie est une puissance, cultivez-la

Dalai Lama
Virginie Despentes
La joie est une puissance, cultivez-la
Dalai Lama
Le futur appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves
Virginie Despentes
La Newsletter

Je m'inscris à la newsletter ViveS

Chaque semaine une dose d'empowerment économique et financier dans votre boîte mail

Vous avez déjà un compte ?

Texte dssf dssf dssf  dssf

mot de passe oublié ?

Créez un compte

Je suis du texte

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.
Mot de passe

Votre mot de passe doit contenir des minuscules, des majuscules, des chiffres, des caractères spéciaux et faire au moins 8 caractères

* champs obligatoire

Vives ViveS, le média pour l'indépendance économique des femmes.
(Nécessaire)
« Ces informations sont destinées au groupe Bayard, éditeur du site VIVEs. Elles sont enregistrées dans notre fichier afin de vous envoyer les newsletters que vous avez demandées. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6/01/1978 modifiée et au RGPD du 27/04/2016, elles peuvent donner lieu à l'exercice du droit d'accès, de rectification, d'effacement, d'opposition, à la portabilité des données et à la limitation des traitements ainsi qu'à connaître le sort des données après la mort à l'adresse suivante : dpo@groupebayard.com​. Pour plus d'informations, nous vous renvoyons aux dispositions de notre Politique de confidentialité sur le site groupebayard.com. »