Cela fait près de quarante ans que je travaille dans la finance et huit ans que j’accompagne personnellement des clientes pour la gestion de leur patrimoine. Je suis frappée de voir combien les femmes sont démunies face à l’investissement. S’il existe aujourd’hui de nombreuses associations pour les inciter à entreprendre et les soutenir dans cette voie, lorsqu’il s’agit d’investir elles se retrouvent souvent seules, et découragées de passer à l’action.
Pourtant, ne pas s’intéresser à son argent produit des conséquences comparables au fait de négliger sa santé. Au début, tout semble aller bien. Puis, peu à peu, les contraintes apparaissent. Et à la fin, c’est l’argent qui dicte vos choix, comme la maladie finit par dicter votre mode de vie lorsque l’on ne prend pas soin de sa santé.
La sécurité oui, l’immobilité, non
C’est ce qu’a vécu Nathalie*, 45 ans, cadre dans un groupe pharmaceutique. Après son divorce, elle a dû faire face à des dépenses supplémentaires imprévues : payer un logement assez grand pour y vivre avec ses deux filles dont elle avait la garde, changer de mutuelle avec une diminution de sa couverture santé, et assumer seule des charges autrefois partagées. Ne s’étant pas vraiment intéressée à son épargne qu’elle avait pourtant accumulée au fil des ans, elle a réalisé au moment où elle en a eu besoin que cet argent laissé sur des comptes courants n’avait pas fructifié et avait même perdu de sa valeur, à cause de l’inflation… Panique à bord !
Construire son indépendance financière n’est pas un luxe. C’est une forme de protection. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir déjà un capital important pour commencer à investir.
La première étape consiste d’abord à se demander combien on peut épargner chaque mois tout en assumant ses dépenses indispensables. Avant même d’investir, il est en effet essentiel de constituer un matelas de sécurité, correspondant idéalement à six mois-un an de dépenses courantes. Cette réserve doit rester disponible sur des placements sans risque : livrets d’épargne, fonds monétaires, fonds euros de l’assurance-vie ou dépôts à terme.
Des structures juridiques et fiscales différentes
Une fois cette base constituée, à vous l’investissement ! Mais avant de placer le moindre euro, posez-vous quelques questions simples : pourquoi investir ? Pour quels projets ? Avec quel horizon de temps ?
Vos réponses vont déterminer la stratégie à adopter. Car il n’existe pas une seule manière d’investir. On peut néanmoins organiser ses placements autour de trois grandes enveloppes : le PEA, l’assurance-vie et le compte-titres ordinaire.
On parle d’« enveloppes » car il s’agit de structures juridiques et fiscales différentes qui vont abriter vos investissements. Chaque enveloppe possède ses propres avantages et inconvénients.
Pour garnir ces enveloppes de produits financiers, plusieurs possibilités existent : acheter des actions directement sur les marchés boursiers ; investir dans des fonds (les OPC, organismes de placement collectifs) ou dans des ETF (les « Exchange-Traded Fund », des fonds indiciels cotés qui répliquent un indice boursier). Vous pouvez choisir de gérer vous-mêmes le contenu de vos enveloppes ou confier la gestion de votre portefeuille à une société de gestion à travers une « gestion sous mandat », appelée aussi « gestion pilotée » dans le cadre de l’assurance-vie. Dans les deux cas (gestion sous mandat/gestion pilotée), ce sont les experts financiers qui vont gérer vos investissements en fonction de vos attentes et de votre situation personnelle.
15 euros ? J’ouvre un PEA !
Si vous ne pouvez investir que quelques centaines d’euros par mois, il peut être judicieux de commencer par ouvrir un Plan d’épargne en actions (PEA). C’est l’une des enveloppes les plus intéressantes pour acheter des actions. Elle peut être ouverte avec seulement 15 euros et permet d’investir jusqu’à 150 000 euros. Le PEA devient fiscalement très attractif à condition d’être conservé au moins cinq ans.
Ce n’est en effet qu’après cinq ans que les retraits sont exonérés d’impôt sur les plus-values et les dividendes. Seuls les prélèvements sociaux de 18,6% doivent être acquittés. Les banques en ligne proposent aujourd’hui des offres très compétitives avec uniquement des commissions pour les transactions sur les marchés boursiers, limitées à moins de 0,10% sur la plupart des opérations, sans frais d’ouverture ni de droits de garde ou de frais de tenues de comptes.
C’est ce qu’a décidé de faire Isabelle*, salariée de 33 ans, pour préparer sa retraite : dans une banque en ligne elle a ouvert un PEA qu’elle va alimenter régulièrement avec des versements mensuels programmés jusqu’à atteindre le plafond réglementé de 150 000€. N’ayant ni la disponibilité ni l’expertise pour s’en occuper, elle a opté pour une gestion pilotée, en choisissant le profil le plus risqué (offensif), c’est-à-dire qu’elle a principalement investi sur les marchés actions, consciente que le temps va jouer en sa faveur – elle avait le choix entre quatre profils : prudent, équilibré, dynamique ou offensif.
En théorie, le PEA est réservé aux actions européennes. Mais à travers certains ETF « monde », il est possible d’investir dans des fonds indiciels qui répliquent un indice de référence regroupant plusieurs centaines de titres de sociétés cotées internationales, comme le MSCI World.
Si Isabelle a préféré déléguer la gestion de son PEA, vous pouvez tout à fait investir dans cet ETF en direct en le sélectionnant grâce à un code ISIN, l’identifiant unique qui seul permet de repérer le bon titre financier et que l’on trouve en tapant le nom du produit ou en examinant la fiche DIC (Document Clé pour l’Investisseur). Avec un seul produit financier, vous investissez alors dans plus de 1300 entreprises à travers le monde, réparties sur de nombreux secteurs et plusieurs dizaines de pays. Cet indice couvre 23 marchés développés, même si le poids des États-Unis y reste prédominant, autour de 70%.
300 euros ? Je me lance dans l’assurance-vie !
Lorsque l’épargne disponible devient plus importante, de quelques milliers d’euros par exemple, il peut être pertinent d’ajouter un contrat d’assurance-vie. Certaines banques en ligne permettent d’en ouvrir un avec quelques centaines d’euros seulement (par exemple, à partir de 300 euros chez BoursoBank). Quelle que soit la banque choisie, soyez vigilants sur le montant des frais d’entrée, de versement et de gestion de ce type de contrats.
L’assurance-vie reste l’une des enveloppes les plus polyvalentes de la gestion de patrimoine : elle offre un large choix de supports d’investissement ; elle permet d’accéder à un fonds en euros sécurisé ; elle n’est pas fiscalisée tant qu’aucun retrait n’est effectué.
Après huit ans de détention, la fiscalité devient encore plus avantageuse avec un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple). Elle constitue aussi un outil très efficace pour la transmission du patrimoine, avec une exonération jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans.
A 40 ans, Sandrine*, mariée et associée dans un cabinet d’avocats, souhaite se préparer à financer dans dix ans les études de ses deux enfants dont l’un envisage de devenir ingénieur et l’autre médecin. Elle songe également à sa retraite même si l’horizon est plus lointain. Elle a donc choisi d’ouvrir un contrat d’assurance-vie dans lequel elle place mensuellement une partie de son épargne grâce à des versements programmés de 500 €, qui souscrivent automatiquement à des fonds et ETF d’actions internationales ainsi qu’à un fonds d’infrastructures.
Celui-ci lui offre l’avantage d’investir dans des actifs tangibles (énergie, transports, télécoms, etc…), moins risqués, avec une forte résilience aux crises, des rendements prévisibles et une certaine protection contre l’inflation. Elle a également choisi de consacrer 5% de son capital à un fonds de private equity, qui investit dans des entreprises non cotées de taille moyenne à fort potentiel de croissance, un moyen d’augmenter la rentabilité de ses placements.
Pour les plus audacieuses, le compte-titres
Enfin, pour compléter une stratégie d’investissement, il peut être utile d’ouvrir également un compte-titres ordinaire. Contrairement au PEA, il n’est pas plafonné et permet d’investir dans des actifs qui ne sont pas accessibles ailleurs : actions américaines, obligations internationales, sociétés foncières cotées ou encore certains produits structurés. Sa fiscalité est plus simple mais aussi moins avantageuse : les gains sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, quelle que soit la durée de détention.
Ce fut le choix d’Émilie*, cadre dans une institution financière, qui, à 36 ans, a ouvert un compte-titres ordinaire lorsqu’elle a reçu un important bonus de fin d’année. Décidée à consacrer du temps à son argent et déjà relativement expérimentée, elle gère seule ce compte. Elle a sélectionné quinze actions de sociétés internationales qu’elle connait bien et diversifié son risque avec un fonds daté d’obligations d’entreprises, c’est-à-dire un fonds avec une échéance précise de cinq ans dont elle peut espérer une rentabilité supérieure à 4,4% par an.
Quelle que soit l’enveloppe choisie, une règle simple reste souvent la plus efficace : investir régulièrement. Mettre en place des versements programmés permet de lisser ses « points d’entrée » sur les marchés financiers et de s’affranchir des fluctuations à court terme. Car investir n’est pas une question de timing parfait. C’est d’abord une question de discipline, de durée… et de vision à long terme. La patience est la plus grande des qualités. C’est aussi une question de diversification : elle est essentielle pour répartir les risques et gérer la liquidité de ses investissements.
Les femmes ont de vrais atouts pour réussir dans l’investissement : plus prudentes, elles aiment diversifier leur risque et limitent les transactions spéculatives ; plus disciplinées, elles conservent plus volontiers leurs actifs pendant les crises. Résultat : elles se révèlent de meilleures investisseuses que les hommes. C’est ce qu’ont démontré plusieurs études chiffrant cette surperformance annuelle entre 0,4% (Fidelity) et 3% (Trade Republic). Seul hic : vous êtes encore trop nombreuses à vous sous-estimer ! Alors, parlez-en autour de vous et n’hésitez plus à vous lancer…