C’est le grand paradoxe des Françaises : elles ont plus de temps à vivre, mais moins d’argent pour assurer leur bien-être. En 2025, en France, l’espérance de vie à la naissance des femmes s’élevait en moyenne à 85 ans et 11 mois contre 80 ans et 3 mois pour les hommes. Une belle longévité (plus de cinq ans de bonus) ! Mais celle-ci est source de fragilité. Car les femmes sont moins armées que les hommes pour assurer leur autonomie financière tout au long de la vie, comme le révèle la 5e édition du Baromètre de ViveS Média « Les femmes et l’argent », réalisée par Viavoice, en partenariat avec BoursoBank et Natixis Wealth Management.
Cela commence dès l’entrée dans la vie active (en fait cela commence bien plus tôt, avec le poids de l’éducation et des stéréotypes… mais pour l’enquête on interroge les sondés à partir de 18 ans).
Le salaire, critère secondaire dans les choix de carrière
Au moment de choisir un métier, près de trois-quarts des personnes interrogées, femmes et hommes à égalité, avouent ne pas avoir eu d’idée précise des salaires pratiqués dans le secteur visé. Les unes et les autres reconnaissent d’ailleurs que la passion et l’intérêt pour leur activité future ont été déterminants dans le choix de leur métier. Mais chez les hommes la rémunération arrive en critère n°2 alors que chez les femmes il n’apparait qu’en 4e position, loin derrière l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle et les opportunités du moment. Ainsi, seulement un peu plus d’un quart des femmes (22%) citent la rémunération comme critère de choix, contre près d’un tiers des hommes (31%). Une étude récente du Cepremap a d’ailleurs démontré que les parents sont davantage prescriptifs et plus attentifs à la question de la rémunération quand il s’agit de l’orientation d’un garçon. Comme quoi le stéréotype de l’homme « breadwinner » a la vie dure. Aux femmes on laisse davantage de liberté pour choisir leur carrière… même si ça paye moins ! Le sens prend le dessus sur les sous. Ainsi, vous ne seriez pas en train de lire ce texte si mes parents ne m’avaient pas laissé poursuivre mon rêve d’être journaliste…
J’étais prévenue cependant : je n’allais pas rouler sur l’or. Mais je n’avais pas anticipé qu’au fil de la carrière, la question de la rémunération deviendrait une sorte d’éléphant dans la pièce. Comme le démontre notre enquête, loin de pouvoir corriger des choix de jeunesse se révélant défavorables, les femmes se sentent en effet démunies dès qu’il s’agit de négocier leur salaire lors d’un entretien d’embauche ou de demander une augmentation : seules 29% d’entre elles se sentent à l’aise dans ces deux situations, contre respectivement 48% et 49% des hommes ! Combien d’entre nous sont sorties bredouilles du bureau de leur N+1 après avoir pourtant répété en boucle des arguments qu’on imaginait imparables ?
Argent, enfants : des sujets sensibles au travail
Quand il s’agit d’obtenir une promotion, les femmes s’en sortent un peu mieux : 4 sur 10 se disent à l’aise mais chez les hommes ils sont plus d’1 sur 2. Des chiffres qui n’évoluent pas depuis cinq ans que nous les mesurons ! L’écart entre les femmes et les hommes a même tendance à se creuser… Les femmes sont d’ailleurs beaucoup moins nombreuses (59%) que les hommes (69%) à parler d’argent avec leurs collègues (10 points d’écart). « L’argent apparaît toujours comme un sujet plus légitime dans les conversations masculines », souligne Arnaud Zegierman, associé chez Viavoice qui a réalisé l’étude.
A cet égard, la transparence salariale annoncée dans les entreprises françaises pour juin 2026, en application d’une nouvelle directive européenne, pourrait contribuer à faire sauter ce tabou chez les salariées. Ce serait bienvenu car à ce frein salarial s’ajoute la fameuse « pénalité maternelle » (child penalty) mise en évidence par la recherche économique : la maternité ralentit l’évolution professionnelle des femmes, limite leur mobilité et leur accès aux responsabilités dans les entreprises.
A cet égard, la transparence salariale annoncée dans les entreprises françaises pour juin 2026, en application d’une nouvelle directive européenne, pourrait contribuer à faire sauter ce tabou chez les salariées. Ce serait bienvenu car à ce frein salarial s’ajoute la fameuse « pénalité maternelle » (child penalty) mise en évidence par la recherche économique : la maternité ralentit l’évolution professionnelle des femmes, limite leur mobilité et leur accès aux responsabilités dans les entreprises.
Les finances personnelles, on gère... Le risque, on évite !
Une bonne nouvelle toutefois : si les femmes connaissent des parcours contraints par leur vie personnelle, leurs choix de jeunesse et, ne l’oublions pas, par l’éducation qu’elles ont reçue, elles sont très attentives à leurs finances personnelles. Elles sont même plus nombreuses que les hommes à en assurer un suivi mensuel (76% contre 71%). Elles épargnent autant que les hommes – c’est le cas de 75% des Français, femmes et hommes à égalité – et pour les mêmes raisons : d’abord financer leur dépendance, leur retraite, et réaliser des projets personnels.
En revanche, l’édition 2026 du Baromètre ViveS montre que les femmes continuent de privilégier des placements moins risqués, donc moins rémunérateurs. Seulement 11% des femmes interrogées disent préférer un rendement plus élevé au prix d’un risque potentiel de perte en capital, contre 20% des hommes. Ces derniers sont trois fois plus nombreux (24%) que les femmes (8%) à investir en Bourse. Ces profils de risque différents entre hommes et femmes se retrouvent dans les produits financiers détenus : les femmes sont moins nombreuses à posséder une assurance-vie (-9 points), un plan épargne en action (-11 points), des parts de FCP (- 7 points). Soucieuses de sécurité, elles sont plus nombreuses à investir dans la pierre pour sécuriser leur toit.
Voilà donc un autre verrou à faire sauter : celui de l’acceptation du couple rendement/risque. Certes, quand on a moins d’argent, on est moins enclin à prendre le risque d’en perdre : c’est logique ! Mais une meilleure information sur la gestion des risques permettrait aux femmes de dépasser cette appréhension … et de se constituer un patrimoine plus conséquent au fil des ans.
Or, un quart des femmes avouent ne pas se sentir suffisamment informées ou outillées pour gérer leur argent. A ce sentiment persistant de méconnaissance s’ajoute une difficulté à faire confiance aux sources d’information externes (hormis la banque). Un tiers des femmes et des hommes ne font d’ailleurs confiance à aucun canal d’information en matière de finance personnelle ! Mais on observe chez les femmes une plus grande réticence à solliciter des conseils en dehors de leur cercle familial très proche : le conjoint reste l’interlocuteur principal, au risque d’en devenir dépendante.
La retraite, un horizon à éclaircir
Lucides sur leur situation financière – moindre rémunération, moindre patrimoine – les femmes se savent plus fragiles face aux aléas de la vie : 77% d’entre elles disent qu’elles auraient de la difficulté à faire face à une maladie, un accident ou une situation d’aidance ; 72% font le même constat en cas d’éventuelle séparation (vs 64% des hommes).
Et elles s’attendent à rencontrer aussi des difficultés au moment de la retraite : 69% des femmes jugent que le montant de leur future pension sera insuffisant pour couvrir leurs besoins, contre seulement 47% des hommes. Alors même que 6 femmes sur 10 avouent ne pas connaître ce montant (une proportion qui tombe à 4 sur 10 chez les femmes de 50 ans et plus). Là aussi, la méconnaissance nourrit l’inquiétude. Mais pas l’inaction : près d’1 sur 2 se déclare prête à réduire son niveau de vie et à poursuivre une activité professionnelle pour compenser ce déficit de revenu. Seuls un tiers des hommes seraient prêts à continuer à travailler : eux préfèrent puiser dans leur épargne (37% vs 30% des femmes).
Surprise : plus d’une femme sur deux ne sait pas si elle pourra bénéficier d’une pension de réversion en cas de décès de son conjoint. Pourtant, celle-ci est attribuée au conjoint survivant à partir de 55 ans (à condition d’être marié). Et près de 9 bénéficiaires sur 10 sont des femmes ! La connaissance de ce dispositif progresse avec l’âge : 71 % des femmes de 65 ans et plus savent qu’elles y ont droit.
Globalement, plus les femmes progressent en âge, mieux elles semblent informées. Le défi est donc clairement de transmettre aux plus jeunes la conscience du temps qu’elles ont devant elles et l’opportunité que cela représente pour la gestion de leur argent. Comme le rappelle Françoise Neige, directrice de la gestion de fortune chez Natixis Wealth Management, « plus l’horizon d’investissement est long, plus on peut se permettre de prendre des risques avec des placements à fort rendement potentiel ». Le temps, notre meilleur allié pour gagner en sécurité financière !