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Accueil > Newsletters > Inspirations > Avoir de la chance, ça s’apprend ?
chance, courage, malchance, trèfle

Louise de Lavilletlesnuages

Catherine Laurent

Catherine Laurent

Inspirations

Avoir de la chance, ça s'apprend ?

23 juillet 2022

Les livres de l’été ViveS : cette semaine, le livre qui m’a enrichie en me montrant le chemin de la baraka…

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Je croyais qu’il n’y avait pas de formule magique pour avoir de la chance. Et puis il y a dix ans, j’ai lu le livre « Eloge de la chance – Apprendre à saisir les opportunités de la vie » de Philippe Gabilliet. Et j’ai compris que je me trompais.

1. Ce que je croyais avant

Avant, je pensais qu’il y avait les chanceux et les autres. Je voyais bien qu’il y avait autour de moi des personnes qui attiraient régulièrement la chance, qui semblaient trouver des solutions à de nombreuses situations sans avoir besoin de faire beaucoup d’efforts. Le monde se divisaient en deux catégories : les galériens du mérite (moi), et ceux qui savaient surfer la vie (les chanceux). Je trouvais ça absolument enviable et je pensais qu’il s’agissait d’un karma, d’un alignement spécifique de bonnes étoiles au-dessus de leur tête : la chance, on l’avait ou on ne l’avait pas. C’était stylé.

 

Certes, j’avais de la chance comme tout le monde, de temps en temps. Mais pas, selon moi, comme « les chanceux » : vraiment souvent. Un peu comme s’ils étaient connectés à une source.

 

Et puis un livre m’a ouvert les yeux : avoir souvent de la chance n’est pas tout à fait un hasard, c’est une autre façon d’être au monde. Et à partir de là, comme dirait Nicolas Sarkozy, « j’ai changé ».

2. Ce que j'ai découvert

Nous en avons tous été témoins, certains ont plus de chance que d’autres. Or, ce ne sont pas leurs bonnes fées qui sont à l’œuvre, mais une authentique compétence de vie.

 

D’ailleurs, le langage courant dit quelque chose de ce rôle actif que nous avons à jouer dans l’émergence de la chance : on parle de provoquer sa chance, de créer sa chance, de saisir sa chance. Et même d’« imposer sa chance », comme le suggère René Char dans son célèbre aphorisme : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. »

 

Être chanceux, c’est d’abord un positionnement face à la vie, qui peut contredire certaines de nos croyances héritées. Dans « Eloge de la chance », Philippe Gabilliet explique que le terreau favorable à la chance se nourrit de trois comportements :

 

  • La chance sourit à ceux qui sont pas perfectionnistes. J’ai longtemps eu le syndrome de la bonne élève : focalisée sur mon objectif, je pensais qu’il n’y avait qu’une seule bonne façon d’atteindre mon but et je ne ménageais pas mes efforts. Si concentrée que j’en avais presque des œillères, je ne risquais pas de voir passer la chance d’y arriver autrement et plus facilement, par une rencontre, une nouvelle idée qu’on me soufflerait, un coup de main fortuit. Car la chance est comme un grain de sable dans l’engrenage : avec les personnalités scolaires, les schémas mentaux obtus et les plans d’action préétablis, elle ne trouve pas de brèche où s’engouffrer. La chance est un dialogue constant avec l’environnement, avec ce qu’il peut se passer : elle se présente à ceux qui sont ouverts aux opportunités, prêts à improviser et à emprunter les chemins de traverse. Quand tout est réglé comme du papier à musique, la chance n’a aucune chance d’intercéder.

 

  • Les chanceux ont de la malchance mais ils savent la recycler. Ils ne se laissent pas définir par la déveine et les accidents de parcours. Ils en éprouvent aussi de la contrariété mais font en sorte de la digérer rapidement pour la laisser glisser sans s’appesantir. Ils pensent même qu’une malchance peut être l’engrais de la chance. Au lieu de ruminer, ils programment leur esprit sur le mode résilience et rebond et quittent la case « poisse » au plus vite.

 

  • On nous enseigne parfois qu’il ne faut compter que sur soi, mais les chanceux savent qu’ils ont besoin des autres pour réussir. Ils n’ont pas cet orgueil qui les disposent à vouloir tout faire tout seuls. Ils savent qu’ils y arriveront mieux grâce à ceux qui les entourent et s’attendent à avoir des interactions fructueuses avec autrui. Ils n’hésitent pas à faire savoir leurs demandes et à accueillir celles des autres. Bye bye orgueil et fierté, bonjour entraide et échange de bons procédés.

 

Se mettre en position de chance est donc une forme de « soft skill », de savoir-être. Mais il y a aussi un savoir-faire et quelques bonnes pratiques à appliquer…

3. Ce que j'ai appris à faire

L’auteur du livre rapporte une anecdote édifiante. Ministre des relations extérieures de Napoléon, Talleyrand s’apprêtait à confier un poste diplomatique important à un aristocrate. Celui-ci, ému, lui aurait avoué qu’il était d’autant plus reconnaissant qu’il n’avait jamais eu de chance jusque-là. C’était comme se tirer une balle dans le pied. Car Talleyrand lui aurait répondu : « Vous n’avez pas de chance ? Alors tant pis, Monsieur, tant pis, il n’y a donc rien de fait. Car en politique voyez-vous, il faut être heureux, et donc avoir de la chance. Voudriez-vous que je tente la mienne avec un malchanceux ? Non, décidément il m’est impossible de confier un poste pareil à quelqu’un qui n’a pas de chance. »

 

Avoir de la chance, c’est accepter de croire en soi et en des résultats favorables, et cultiver l’intelligence de situation. Si vous n’avez pas confiance en vous, ne le faites pas savoir, simulez ! Car la chance fonctionne comme une prophétie auto-réalisatrice. Plus on pense qu’on en a, plus on risque d’en avoir !

 

Née de l’intelligence de situation, la chance surgit aussi de l’intelligence des possibles, ceux que recèle la vie quotidienne : les rencontres prometteuses, les informations clés, les demandes ou propositions inattendues (emplois, conseils, mises en relation). Avoir de la chance, c’est savoir identifier les opportunités en lien avec le désir qui nous anime et les saisir sans craindre l’échec ou le rejet. Qui ne tente rien n’a rien.

4. Ma citation-mantra

Ces attitudes sont comme des fertilisateurs de chance. Une citation du livre les résume et me reste en tête :

 

« Pour l’homme courageux, chance et malchance sont comme sa main droite et sa main gauche. Il tire parti de l’une comme de l’autre » disait Catherine de Sienne.

 

La malchance fait partie de la vie, y compris des chanceux. On ne sait pas d’emblée ce qui relie les choses entre elles, et la malchance peut tout à fait mener à la chance.

5. Ce que ça a changé dans ma vie

Depuis 10 ans, je mets en application les enseignements de ce livre quand j’en ai besoin, dans mon travail ou dans ma vie personnelle.

 

Il y a quelques années, j’ai accepté un poste dans un environnement professionnel qui s’est avéré toxique. J’en ai été affectée mais j’ai pensé au principe du recyclage de la malchance : j’ai décidé de partir et de tourner la page au plus vite en me persuadant que cette erreur allait m’aider à mieux analyser le contexte la fois d’après. C’est ce qu’il s’est passé : plus vigilante, j’ai trouvé ensuite la place où m’épanouir.

 

Quand je suis partie vivre à Marseille pendant un an, je n’avais que dix jours pour trouver un appartement. J’avais repéré un immeuble dans le quartier qui me plaisait. Un jour, je me suis postée devant… et une jeune femme est entrée dans la résidence. J’ai hésité et me suis permise de l’aborder, lui demandant simplement s’il était agréable d’habiter là. Elle allait justement s’occuper de l’appartement que ses parents mettaient en location… Elle me l’a fait visiter sur le champ et j’ai découvert avec sidération que c’était exactement ce que je cherchais !

 

J’avais osé adresser la parole à une inconnue qui s’est révélée, comme le disent joliment les Anglo-Saxons, un « angel in disguise » : un ange déguisé qui allait m’apporter ce que j’espérais.

 

Alors, prête à trouver votre ange déguisé et à donner une chance à la chance ?

 

« Eloge de la chance » de Philippe Gabilliet, 160 pages, éditions J’ai Lu, 6,50€.

Illustration : un grand merci à Louise de Lavilletlesnuages

Catherine Laurent

Catherine Laurent

Catherine Laurent est journaliste spécialiste de politique, culture et des inégalités femmes-hommes. Pendant 5 ans responsable des tribunes Politique, Economie et International pour le journal en ligne Le HuffPost (groupe Le Monde), elle a contribué à la visibilité des femmes dans les médias en développant un projet de parité entre autrices et auteurs de tribunes, élevant le pourcentage de contributrices de 29% à 46%. Elle a également travaillé pour le Women’s Forum et dans la conception-rédaction pour une entreprise de luxe française. Elle est passionnée par le débat d’idées.

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Le regard de Love for Livres

 

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POURQUOI CETTE LECTURE NOUS ÉMEUT-ELLE ET PEUT-ELLE NOUS FAIRE ÉVOLUER ?

Dans l’Antiquité, l’idée que des forces surnaturelles présidaient à nos destinées était commune. La déesse romaine Fortuna était d’ailleurs en charge de la dose de bonheur et de malheur de tout un chacun.

 

Mais les temps ont changé. Philippe Gabilliet nous surprend d’abord, et en nous racontant une autre version de la chance, son texte fixe notre mémoire et notre attention. Car la surprise provoque ce que le chercheur Stanislas Dehaene appelle les « rebonds cognitifs » : ces moments non conformes à l’attendu et qui provoquent en nous un regain d’intérêt, de curiosité et, dans le meilleur des cas, une introspection.

 

  • Premier effet : la surprise a ébranlé nos certitudes.
  • Deuxième effet : la vision portée par ce texte nous apporte de la joie, un ingrédient bien utile pour contrecarrer nos peurs.

 

Car on a beau dire, le hasard pourtant si magnétique bouscule toujours notre désir de contrôle.

 

Tenter sa chance, c’est un peu tenter le diable, entendait-on jadis. L’incertitude génère en nous peurs et tensions puisque nous sommes programmés pour survivre dans un environnement que nous devons apprivoiser et prévoir. Ce qui donne au quotidien des comportements fondés sur des modélisations rodées, censées répondre par avance à nos besoins fondamentaux. Je vais avoir faim ce midi ; pas d’inquiétude car je sais comment gérer la situation… Mais dès que vous devez prendre des risques inédits, il y a de grandes chances que votre système de guidage habituel s’affole.

 

C’est dans ces moments que la joie est déterminante : elle nous aide à dézoomer, nous permet de voir les choses autrement, avec un angle neuf et plus de sérénité. C’est ce que l’on appelle le mode « grand angle » ou « exploration » de notre cerveau.

 

Un petit truc pour la route : parfois, ce qui pourrait nous arriver de pire à nos yeux à un moment donné n’est peut-être pas si grave en réalité. Et il se pourrait même qu’avant l’issue redoutée, la chance s’invite à la table sur des airs de Happy End !

 

POUR RESTER DANS CETTE ÉNERGIE AUDACIEUSE ET ALLER PLUS LOIN : 

  • S’interroger sur le sens de la chance et faire le plein d’émotions : voir ou revoir le film Big Fish de Tim Burton
  • Suivre les pérégrinations d’un statisticien qui tente de percer le mystère de la chance : lire le roman Une chance insolente de Fabio Bacà (Gallimard, mai 2022)
  • Découvrir les recherches du spécialiste de la chance Richard Wiseman : se plonger dans Notre capital chance (Edition Eyrolles, 2004)

 

 

LIVRE

LA SÉRIE DE L’ÉTÉ AVEC LOVE FOR LIVRES

Parce que les livres ont la capacité de changer notre regard sur la vie et sur nous-mêmes, chaque samedi, une plume de ViveS vous révèle le livre qui a transformé son existence.

 

En partenariat avec Love for Livres, cette nouvelle série vous donne des clés concrètes pour faire de vos émotions des alliées et vous accompagner au mieux dans votre parcours de vie. Elle est aussi une source de recommandations de livres divers et divertissants !

 

Et vous, avec quel livre avez-vous rendez-vous ?

 

 


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